Tu es en plein jeûne, il fait 25 degrés dehors, et tu cherches un chandail. Les mains froides, les pieds glacés. On entend souvent que c'est parce que tu « n'as plus de réserves ». Pourtant, ta graisse corporelle n'a pas disparu en une matinée. L'explication est ailleurs.
Ton corps baisse le thermostat
La thyroïde produit la T3, l'hormone qui règle en bonne partie la vitesse de ton métabolisme, et donc la chaleur que tu produis. Quand la nourriture se fait rare, le corps réduit sa production de T3 active. C'est un mécanisme d'économie d'énergie assez logique : moins d'entrées, moins de dépenses.
Une étude classique publiée en 1976 (Spaulding et ses collègues) l'a mesuré chez des personnes obèses qui jeûnaient totalement pendant 7 à 18 jours. Leur T3 a chuté de 53 %, pendant que la forme inactive de l'hormone (la T3 inverse) montait de 58 %. Le détail le plus intéressant : avec un régime de 800 calories sans glucides, la T3 baissait aussi, d'environ 47 %. Mais quand ces 800 calories contenaient au moins 50 g de glucides, les valeurs ne bougeaient pas de façon significative.
Et non, ce n'est pas une thyroïde en panne. Une revue publiée en 2024 dans Frontiers in Endocrinology rappelle qu'en jeûne prolongé, la T3 baisse sans que les hormones du cerveau qui commandent la thyroïde (TSH et TRH) montent pour compenser. Autrement dit, le corps choisit de ralentir. C'est un mode économie contrôlé.
L'exemple extrême, c'est l'expérience de semi-famine du Minnesota, dans les années 40. Après des mois de restriction sévère, les participants supportaient très mal le froid. Ils se couvraient de couvertures en plein été, et leurs mains étaient environ 2 °C plus froides que celles des témoins.
Et avec un 16:8?
Là, l'effet est beaucoup plus petit. Dans un essai de 2016 (Moro et ses collègues), 34 hommes qui s'entraînaient en musculation ont suivi un 16:8 pendant 8 semaines, en mangeant autant de calories que le groupe témoin. Leur T3 a baissé d'environ 11 %. Par contre, leur TSH et leur dépense d'énergie au repos sont restées stables. Donc un effet réel, mais modeste. Rien à voir avec les chutes observées après plusieurs jours sans manger.
L'autre source de chaleur que tu éteins
Digérer, ça produit de la chaleur. Avec une alimentation normale, la digestion représente environ 5 à 15 % de l'énergie que tu dépenses chaque jour (Westerterp, 2004). Pendant ta fenêtre de jeûne, ce petit chauffage d'appoint est coupé. Ça aide à comprendre pourquoi tu peux avoir un peu plus froid le matin à jeun que l'après-midi après un repas.
Ce qu'on ne sait pas encore
On lit souvent que les mains et les pieds froids à jeun viennent d'une circulation réduite. En réalité, ce n'est pas si clair. Une étude sur un jeûne de 72 heures (Webber et Macdonald, 1994) a même mesuré une augmentation du débit sanguin dans l'avant-bras. Pour les jeûnes courts, les mécanismes exacts des extrémités froides restent mal documentés. On préfère te le dire plutôt que d'inventer une explication.
Concrètement
Un peu de froid pendant un jeûne, c'est généralement ton corps qui économise, pas un signal d'alarme. Bouge : tes muscles sont ton meilleur chauffage. Habille-toi en conséquence le matin. Si le froid te dérange vraiment pendant les jeûnes longs, garder des glucides au moment de manger semble limiter la baisse de T3, d'après l'étude de 1976.
Par contre, si tu as froid tout le temps, même les jours où tu manges normalement, avec de la fatigue ou d'autres symptômes, fais vérifier ta thyroïde par ton médecin. Le jeûne n'explique pas tout.
On a lancé Fasted Rebels pour t'expliquer ce qui se passe dans ton corps, sans raccourcis. Feed the mission. Not the hunger.
Cet article est informatif et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de la santé.
Sources : Spaulding SW et al., « Effect of caloric restriction and dietary composition on serum T3 and reverse T3 in man », Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, 1976 ; Sui X et al., « The influence of extended fasting on thyroid hormone: local and differentiated regulatory mechanisms », Frontiers in Endocrinology, 2024 ; Keys A et al., The Biology of Human Starvation, 1950, tel que résumé dans Smith LL, Frontiers in Behavioral Neuroscience, 2023 ; Moro T et al., « Effects of eight weeks of time-restricted feeding (16/8) on basal metabolism, maximal strength, body composition, inflammation, and cardiovascular risk factors in resistance-trained males », Journal of Translational Medicine, 2016 ; Westerterp KR, « Diet induced thermogenesis », Nutrition & Metabolism, 2004 ; Webber J, Macdonald IA, « Cardiovascular, metabolic and hormonal changes accompanying acute starvation in men and women », British Journal of Nutrition, 1994.
Version anglaise : Why You're Always Cold Mid-Fast
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